Sportive sans artifice

Vérifiée par Bakelit
Sportive sans artifice

Présentation

En prenant la main sur Simca en 1978, Peugeot a puisé directement dans le patrimoine de la marque sans rien faire pour la relancer. Simca est déclarée cliniquement morte fin 1980, Peugeot croyant voir en Talbot une meilleure perspective d’avenir. Mais l’esprit Simca va se réincarner avec la 205. Alors que la GTI fait un carton chez les bobos sportifs, l’appellation « rallye » est ressortie du grenier. Les rallymens amateurs se tournent tout logiquement vers elle et espèrent une descendance de la Simca...1000.

205 rallye

Moins c’est mieux.

D’ailleurs, la 205 Rallye fait honneur à ses aïeules. Elle arrive à être attrayante avec… rien ! Seules les extensions d’ailes et le pare-chocs façon GTI (sans les antibrouillards) offrent une vraie personnalité. Pour le reste, on fait le minimum. Des grilles à la place des antibrouillards, de simples jantes tôle 13’’, pas de lèvre de hayon. Un esprit de pur et dur qui traduisait aussi une volonté d’aller à l’économie (il fallait absolument tomber sous la barre de 70 000 F). À l’intérieur, même traitement, il n’y a rien et c’est comme ça qu’on l’aime. Le tableau de bord issu de la GTI est simplifié (on a enlevé certains accessoires comme la montre), la boîte à gants est sans couvercle, on n’a pas de radio, pas de console centrale. Les sièges proviennent tout logiquement la GTI (mais la sellerie est en tissu éponge), le volant avec sa flamme centrale évoque la T16, la moquette rouge, les ceintures rouges, sont gage de performance.

 

À l’ancienne

Mais le meilleur se passe sous le capot, avec un petit 1.3 qui promettait 103 ch. Celui-ci a initialement été préparé par Danielson pour l’AX Sport (il s’agit du bloc TU intermédiaire 1 124 cm3 porté à 1294 cm3 pour se retrouver en limite de classe 1300 en compétition), mais sur la Sochalienne il est accompagné de carbus Weber DCOM 40 (les Solex de l’AX acabit tendance à déjauger en appui). La tubulure d’admission a de son côté le droit à des conduits plus rectilignes et une boîte à air plus volumineuse. Pour le reste, divers éléments proviennent de la 205 GTI 115 ch comme la suspension avant et arrière, la ligne d’échappement, le freinage. La boîte est de son côté celle de la 205 XT (XS, GT) du  bloc TU. Ultra populaire et produite à plus de 30 000 exemplaires, la 205 Rallye reste pourtant une voiture rare. D’abord, elle a vu ses effectifs partir en tonneaux dans les rallyes, ou très mal vivre la période tuning. Mais il en va ainsi de toutes les sportives de cette époque. Ensuite, le concept même a fini par ne plus exister. Certes, il a bien eu des106 Rallye, 1300 et 1600 pour prendre la suite, mais depuis ? Rien de marquant…D’ici là, il ne reste plus qu’à entretenir la flamme (PTS) en reprenant le volant de cette 205 intransigeante…

La conduite

À l’essai, on n’est pas déçu…les bonnes impressions que l’on avait à l’époque se reconfirment.  C’est encore turbulent, surtout avec les carbus (qui paraissaient déjà hors du temps dans les années 80). Du coup, on doit (ré)apprendre à gérer le ralenti précis et rigoureux. À froid, il faut prendre un peu de temps pour les réveiller, les gaver par petites pressions, afin maintenir le ralenti, faire monter la température… Comme sur une vraie voiture de compétition. Et puis, ça vient, l’ensemble se fait moins chaotique et régulier. Il y a encore des toussotements de temps en temps, mais d’une manière générale le bloc finit par se déclarer bon pour le service. Même à faible allure, on est dans l’ambiance. On a le bruit envoutant, les vibrations, la cage de résonance tandis que les carburateurs font déjà preuve de virilité. Au changement de rapport, ils s’engorgent, cherchent à reprendre du souffle, y parviennent et retendent les muscles avec un petit coup de pied au pilote. Quel héritage! Tout est ferme, pas plus que dans la GTI en théorie, mais l’ambiance est telle que l’on a l’impression d’être assis sur une planche bois. La direction aussi semble plus sportive, mais aussi plus légère, plus directe, avec les roulettes de 13’’ à emmener…  Toutefois, c’est en mettant la sauce que la Rallye dévoile toute sa personnalité sportive…De nouveau, on caresse les carbus et on atteint le nirvana au-delà des 6 000 tr/mn. Les Weber sifflent, boivent et recrachent pour faire de ce 1300 une véritable petite boule de nerfs. La petite sauterelle donne l’impression d’aller bien plus vite qu’une 1.6, même 115 ch! Côté comportement, aucune surprise, c’est comme la GTI mais avec des roulettes qui patinent un peu plus lorsqu’on relance sur les intermédiaires. La glisse du train arrière se fait aussi plus rapidement, mais il suffit de contrôler au levé de pied, à l’accélérateur pour passer les 800 kg. Rendez-vous compte… 800 kg ! Eh non, ça n’existe plus. 

 

Guide d’achat

Vous avez été convaincus par notre article et vous allez vous mettre en quête de trouver un beau modèle ? Très bon choix...Seulement voilà, si la 205 Rallye a été largement produite, avec plus de 30 000 exemplaires entre 1987 et 1992, peu ont survécu. Entre les tonneaux du samedi soir et les préparations douteuses irréversibles, les beaux modèles se font rares.

 

moteur 205 rallye


Moteur :

Mis à part les caprices des carburateurs, la mécanique est solide. Mais cette auréole ne doit pas vous aveugler. Pour qu’une mécanique dure, elle doit être entretenue avec une huile de qualité et la mise à température est impérative avant de jouer du cerceau. Parmi les points à regarder, les brides souples des carburateurs qui demeurent fragiles. La boîte à air n’a pas non plus une belle endurance et sa fixation se coupe souvent. Du côté de la boîte, sachez que les synchros souffrent aussi rapidement.

 



Carrosserie :

Au niveau de la corrosion, c’est le même problème que la GTI. Il va falloir mettre l’œil un peu partout. Ça rouille insidieusement, pas forcément beaucoup, mais là où ça ne se voit pas facilement : derrière les élargisseurs, au niveau des soubassements et au fond du coffre. Comme à chaque fois, ne vous laissez pas éblouir par une belle peinture. Cela peut cacher un passé douteux. En parallèle, la mode « tuning touch » a grandement fragilisé la caisse. Entre les ressorts coupés à la scie pour surbaisser l’auto et les renforcements inutiles, tout finit par déchirer…logique. Privilégiez les modèles qui n’ont jamais été modifiés et jamais accidentés. Malheureusement, il ne restera plus grand-chose.

 

hab 205 rallye


Habitacle :

À bord, les matériaux et leur assemblage ne sont pas d’excellente qualité. Quand on roule, ça vibre généralement de partout. Avec le soleil, les plastiques ont tendance à se ternir et deviennent très mats. La sellerie, elle n’est pas d’une grande qualité et le tissu éponge est peu endurant.

 

Cote :

Sachez qu’il est bien loin le temps où l’on pouvait en trouver une pour 1 500€. L’auto a vu sa cote grimper en flèche et tous les modèles intéressants ont été vendus. Il faut donc faire jouer les connaissances et être très patient. Pour un modèle d’origine, dans son jus avec historique limpide comptez au minimum 12 000€. Les plus belles versions avec moins de 100 000 km et en état concours, flirtent déjà avec les 19 000€…

 

L’entretien :

Comme toutes les voitures anciennes, la 205 Rallye doit être entretenue rigoureusement. Chaque année ou tous les 5 000 km, prévoyez une vidange. Le réglage des carburateurs se fait généralement tous les 2 ans, mais il convient de passer par les services d’un spécialiste. Tous les 15 000 km, il faut aussi prévoir de remplacer les bougies et tous les 2 ans de vidanger le circuit de refroidissement. La fiabilité va de pair avec cette récurrence d’entretien.

 

Le prix des pièces

Durites de dégazage 30,00€

Tôle pare-chaleur de collecteur d’échappement  40,00 €

Kit de réfection de 2 carburateurs Solex 43,50 €

Ressort échappement 10€

Arbre à cames 269° CATCAMS 205 Rallye 1.3 : 293€

Chaîne entrainement pompe à huile 205 Rallye 44 dents : 26,81 €

Chemise FONTE GS alésage 75,00 ou 75,50 ou 76,00 : 150,00 €

Guide  de soupape à l’unité : 8€

Jeu de 16 clavettes de soupapes : 11,50€

Kit réparation carburateur WEBER 40 DCOM : 31€

Pompe à huile : 120€

Segmentation complète diamètre 75 mm 205 Rallye : 100 €

Rétroviseur droit au gauche : 34,90 €

Joint de pare-brise 205 Rallye : 69,90€

Jupe avant : 113,50 €

Pare-chocs arrière : 99,90€

Traverse : 45€

Aile avant : 95€

Clignotant orange : 25€

Cabochon de feu arrière : 36€

Jantes : 110€ (jeu de 2 en occasion)

Vous êtes fabricant, distributeur, vous avez un atelier ou un club et vous proposez diverses pièces et de nombreux services pour la 205 Rallye ?

N’attendez plus, inscrivez-vous dès à présent sur notre : carte de France des pros et des clubs.

 

Les plus, les moins :

 

Bien:

Mythique

Poids

Carbus

 

Moins bien :

Prix qui a explosé

Peu de beaux modèles à vendre.

Jantes en 13’’ parfois dépassées

 

 

Le prix de l’assurance :

Comparatif donné à titre indicatif, avec un bonus de 50%, pour un véhicule stationnant à la campagne dans un garage fermé. Ces prix s’entendent pour une formule tous risques :

Aviva : 154 € / an

Direct assurance : 162 € / an

La banque postale : 266 € / an

Allianz : 334 € / an

Active Assurance : 346 € / an

Euro Assurance : 398 € / an

Aon : 420 € / an

Assu 2000 : 505 € / an

 205 rallye

Les grandes dates :

1987 : Lancement de la 205 Rallye à  46 exemplaires

1988 :  La production s’intensifie et passe à 11 323 exemplaires pour une commercialisation en mars.

1991 : Restylage du modèle avec les clignotants avant blancs, les feux arrière redessinés et fumés, mais aussi un rétro extérieur droit, un bouchon de réservoir à clé, une planche de bord noire et non plus grise (idem pour le volant), des ceintures de sécurité à enrouleurs à l’arrière, plus grosse sortie d’échappement… On compte encore une géométrie des trains revus et une suspension avant légèrement modifiée.

1992 : Dernière année de commercialisation, 1 041 exemplaires

 

Fiche technique :

Moteur

4 cylindres en ligne en position transversale avant, 1 294 cm3 (85x73,2 mm), 103 ch à 6 800 tr/mn, 12,2 mkg à 5 000 tr/mn, rapport volumétrique 9,6 :1, arbre à cames en tête, vilebrequin 5 paliers, deux carburateurs double corps Weber 40 DCOM 10.

Transmission

Aux roues avant, boîte 5 vitesses, embrayage monodisque sec.

Direction

À crémaillère

Freins

Disques ventilés à l’avant, tambours à l’arrière

Suspensions

Avant pseudo McPherson avec bras inférieurs triangulés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques télescopiques, barre anti-dévers, arrière à bras tirés, barres de torsion transversales, amortisseurs hydrauliques télescopiques horizontaux, barre anti-dévers.

Dimensions

Longueur 3,70 m, largeur 1,57 m, hauteur 1,37 m, empattement 2,42 m, voies avant/arrière 1,40/1,34 m

Poids

805 kg

Performances

Vitesse maximale 191 km/h, 0 à 100 km/h 8,8 secs., km D.A. : 30,8 secs.

 

 

L’avis du propriétaire :

Thomas Monteux.

Cette voiture, c’est toute mon adolescence. Je l’ai connue dans mes années collège, il y a 25-30 ans. Il y a 5 ans, j’ai trouvé la perle rare. Elle appartenait à un couple qui l’avait possédée pendant plus de 15 ans et qui était très soucieux de la préserver. Elle n’a jamais été restaurée, elle n’a eu le droit qu’à une peinture, mais elle a pourtant l’air de sortir de l’usine. Aujourd’hui, je fais tout ce que je peux pour l’entretenir et la préserver. Pour cela, je tente de reconstituer un stock de pièces…en prévision des prochaines années. Même si plusieurs refabrications existent, on peut de temps en temps trouver des éléments de carrosserie d’époque sur les petites annonces (phares, ailes…). Je garde toutes ces pièces précieusement en cas de coup dur. La conduite, elle, est unique. L’esprit carbu, le côté dépouillé, la Rallye me plonge dans une autre époque, celle des performances insouciantes et pas encore taboues.

 

L’avis du pro :

Johann Auboyer : responsable de la Carrosserie Auboyer à Balbigny (dpt 42).

Carrossier depuis ses 15 ans, Johann Auboyer s’occupe exclusivement des anciennes. Aujourd’hui, il est réputé pour ses services de restauration de haut vol. La 205 Rallye, il la connaît très bien et il tient à nous alerter sur de nombreux points : « Cette auto a beaucoup vécu. Il faut faire attention à ce qu’elle n’ait pas été accidentée. Parmi les points qui peuvent poser problème, il y a bien évidemment la corrosion. Aussi, il faut inspecter soigneusement les passages de roues avant, les tôles de phares (elles s’oxydent souvent suite à un choc). Depuis peu, on note des soucis au niveau des supports de trains arrière. Il s’agit de pièces rectangulaires perforées ce qui favorise l’entrée de l’eau. Elle stagne et l’oxydation s’installe. À l’achat on a plusieurs solutions. Soit on achète une base seine avec quelques travaux à prévoir ou un modèle à restaurer intégralement. Avec cette dernière option, le propriétaire sait avec quoi il va rouler puisque c’est lui qui va commanditer les travaux et assister à toutes les étapes. On peut aussi acheter un modèle intégralement restauré, mais attention. Il faut un dossier complet, avec photos des différentes interventions et un rapport d’expertise en bonne et due forme. Avec la récente flambée des prix, beaucoup de modèles sont embellis pour la vente et derrière, la tôle est malade ou le moteur est en fin de vie. Avec des preuves d’une restauration sérieuse, on peut juger du travail réalisé en amont. »